Aléa… de quoi parle-t-on ?

mai 9, 2008 at 4:16 | In SUJET | Leave a Comment
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L’aléa est le terme que j’ai choisi pour inclure à la fois le « hasard », le « sort », la « déviance », l’ « erreur » ou encore tout ce qui ne peut pas donner lieu, faute de connaissance suffisante et préétablie, à une prévision parfaite et sûre.

On retrouve donc aussi, par ce biais, tout ce qui peut s’entendre sous le vocable de « risque », d’ «incertitude » ou encore d’« indétermination ». L’aléa est aussi ce qui nous sépare de la connaissance « parfaite » puisqu’il s’identifie aux sources multiples, indéfinies, non identifiables, et pérennes, d’imprévisibilité. On parle encore du « bruit » en matière de communications. C’est le mouvement brownien au niveau moléculaire, c’est le principe d’incertitude formulé par HEISENBERG… et le « saut » que doit faire la connaissance humaine pour se dégager du « réel », s’en abstraire, afin de trouver des régularités sur lesquelles baser ses anticipations, ses prévisions, son action.

On voit d’emblée que le sujet est immense et qu’il a des ramifications dans toutes les champs de l’expérience, de l’intelligence et de la sensibilité humaine. On retrouve tous les thèmes propre à la cybernétique, avec les niveaux de contrôle et de régulation dans les systèmes (matériels, biologiques, technico-sociaux, politiques) et le stade « suprême » de la régulation qui est l’adaptation à un environnement lui-même changeant… où l’on doit raisonner en termes doubles, chaque « partie » du couple étant à l’autre sa propre source d’aléa.

On retrouve aussi tout ce qui fonde les sciences sociales dans ce qu’elles touchent à la « norme » sociale, et donc à la déviation par rapport à cette norme, et en particulier en matière de contrôle du comportement des personnes, tour à tour : enfant, élève, sujet, pêcheur, patient, délinquant, détenu, salarié, citoyen… Que la réduction de cette déviance par rapport à la norme soit le fait du sujet lui-même, de son groupe d’appartenance, selon ses différents “rôles”, de la situation dans laquelle il se trouve, d’un code de lois externes, d’une pratique thérapeutique administrée par un tiers (médecin, psychiatre, psychanalyste…) ou encore un groupe de traitement ad-hoc, laisse ouvert un champ immense de réflexion.

Je veux porter une attention particulière au domaine des sciences, de l’art en général, et des religiions… Qui, comme activités humaines ne départent pas des effets de l’aléa, compris au sens large, sur les individus et les groupes dans leur production de connaissances et d’œuvres remarquables, et leur interaction avec le transcendant.

Il y a clairement un aléa que l’on est tenté de « dissoudre », de supprimer, de marginaliser pour qu’il ne nous gêne pas outre mesure… Il y a clairement un aléa que l’on doit préserver pour que nous puissions nous adapter. A-t-on à faire à la même notion ? Si l’on admet qu’on peut différencier entre le bon aléa et le mauvais, comment s’y prendrait-on ?

On retrouve cela dans les préoccupations du jour (objectifs / normes à contrôle à réduction de la variété vs imagination à recherche à augmentation de la variété), et le nécessaire équilibre entre le besoin de stabilité et le besoin d’adaptation.

Jean-Louis BOUCHET

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