1929-xxxx KUNDERA.Milan
mai 11, 2008 at 8:51 | In BIOGRAPHIE | Leave a CommentTags: Kundera
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Milan Kundera (né le 1er avril 1929 à Brno, Tchécoslovaquie, aujourd’hui Tchéquie) est un écrivain de langue tchèque et française. Né en ancienne Tchécoslovaquie, il a obtenu la nationalité française en 1981.
Il a reçu le prix Médicis étranger en 1973 (pour son roman La vie est ailleurs), le Prix de Jérusalem en 1985, le Prix Aujourd’hui en 1993 (pour son essai “Les testaments trahis”), le Prix Herder en 2000 et le Grand prix de littérature de l’Académie française pour l’ensemble de son oeuvre en 2001 .
Biographie
Milan Kundera est né en 1929 à Brno, en Moravie (Tchéquie), où il a vécu jusqu’à ses années de lycée. Il a grandi dans un milieu où l’art et la culture sont prépondérants. Son père Ludvík Kundera (1891-1971), célèbre musicologue et pianiste tchèque, directeur de l’académie musicale de Brno lui apprend très tôt le piano. Il met à profit cet apprentissage lorsque, exclu du parti communiste, il doit vivre de petits boulots, notamment comme pianiste de jazz. La musique influence son œuvre et sa vie, mais pas seulement: son cousin Ludvik Kundera par exemple est un poète célèbre.
À partir de 1948, Kundera entame des études de littérature et d’esthétique à la Faculté des Arts, mais il change de direction après deux trimestres et s’inscrit à l’école supérieure de cinéma de Prague (la célèbre FAMU). Il termine ses études en 1952, non sans avoir dû les interrompre quelque temps suite à des « agissements contre le pouvoir » qui l’exclurent du parti communiste. Ce n’est qu’en 1956 qu’il est réintégré, mais il en sera définitivement exclu en 1970.
Période tchèque
Son premier livre, L’Homme, ce vaste jardin (1953) est un recueil de poèmes lyriques dans lequel Kundera essaie d’adopter une attitude critique face à la littérature dite de « réalisme socialiste », mais ne le fait qu’en se positionnant du point de vue marxiste.
Quelques années plus tard, il publie Le dernier mai (1955), une pièce politique consistant en un hommage à Julius Fučík, un héros de la résistance communiste contre l’occupation nazie en Tchécoslovaquie pendant la Seconde Guerre mondiale.
Suit en 1957, Monologues, une collection de poèmes dans lequel Kundera rejette la propagande politique et accentue l’importance de l’authentique expérience humaine. C’est un livre de poésies d’amour, d’inspiration rationnelle et intellectuelle.
Fin des années 1950 et début 60, dans la Tchécoslovaquie communiste, Kundera est très connu et apprécié. Il donne un souffle libérateur à la littérature officielle tchèque sous le « réalisme socialiste ». Mais dans la seconde moitié des années 1960, un besoin de liberté se fait sentir parmi les écrivains et intellectuels tchèques.
Au 4e Congrès des écrivains tchèques (juin 1967) les écrivains sont, pour la première fois, en désaccord total avec la ligne de conduite des dirigeants du parti. Kundera devient la figure de proue de ce mouvement pour la liberté. Le discours qu’il tient à ce congrès fait époque dans l’histoire de l’indépendance de la pensée autocritique tchèque.
Déçu par le communisme, il développe dans La plaisanterie (1967) un thème majeur de ses écrits : il est impossible de comprendre et contrôler la réalité. C’est dans l’atmosphère de liberté du Printemps de PragueRisibles amours (1968). Deux œuvres vues comme des messagers de l’anti-totalitarisme. qu’il écrit
Risibles amours est composé de plusieurs petits textes qui parlent des relations intimes humaines et à travers cela du dysfonctionnement de la parole, thème qui apparaît dans toutes les œuvres matures de Kundera. Il analyse les thèmes de l’identité, de l’authenticité et du phénomène de l’illusion (comment les faits changent de manière insaisissable en leur contraire). La plupart des histoires se déroulent dans la société tchèque du stalinisme tardif et témoignent de la réalité de cette époque.
L’invasion soviétique en 1968 met fin à cette période de liberté d’expression des médias et plonge le pays dans le néo-stalinisme pur et dur. Cette atmosphère resta inchangée jusqu’à la chute du communisme en Tchécoslovaquie en 1989. Dans ce climat froid, son militantisme en faveur de l’indépendance et de la liberté de la culture lui coûta son poste d’enseignant à l’Institut Cinématographique de Prague; ses livres sont retirés des librairies et il lui est interdit de publier.
La vie est ailleurs est une forme de catharsis pour Kundera, il se confronte à son passé de communiste, sa place en tant qu’artiste…. et il s’en libère.
L’ambiance de La valse aux adieux, supposé être son dernier roman (le titre original était Épilogue), est influencée par le régime aride qui régnait en Tchécoslovaquie après l’invasion de l’URSS. Pas question de politique dans ce livre. La situation étouffante qui règne en dehors du monde de la fiction n’apparaît dans le récit que de manière occasionnelle.
Période française
En 1975, il quitte, avec sa femme Véra, la Tchécoslovaquie pour la France où il enseigne d’abord à l’université de Rennes 2 et par la suite à l’Ecole des Hautes Etudes des Sciences Sociales à Paris. La nationalité tchécoslovaque lui a été retiré en 1979 et il s’est donc fait naturaliser français. Boris Livitnof nous éclaire, dans son article Milan Kundera : la dérision et la pitié, sur la manière d’agir du gouvernement tchèque :
« Non point que Kundera fût un ennemi du régime socialiste, mais sa manière de penser et d’écrire y est jugée hautement subversive. On a donc laissé partir l’auteur pour enseigner dans une université française (…) »
Ou encore :
« Ce n’est pas l’écrivain qui tourne le dos à son pays. Mais c’est son pays qui met l’écrivain hors-la-loi, l’oblige à la clandestinité et le pousse au martyre »
Aussi absurde que cela puisse paraître, le fait qu’il soit interdit de publication dans son pays lui procure un sentiment de liberté. Pour la première fois de sa vie il peut écrire librement, la censure n’existant plus. Sachant que dès lors il n’écrit que pour des traducteurs (son œuvre ne pouvant plus être publiée dans son pays d’origine), son langage se trouve radicalement simplifié.
La langue française maîtrisée, Kundera se lance dans la correction des traductions de ses livres, tâche qui lui prend beaucoup de temps. Dans La plaisanterie, note de l’auteur, il explique l’importance et la raison qui le poussent à réagir de cette manière :
« Un jour, en 1979, Alain Finkielkraut m’a longuement interviewé pour le Corriere della sera : “Votre style, fleuri et baroque dans La plaisanterie, est devenu dépouillé et limpide dans vos livres suivants.
Pourquoi ce changement ?”
Quoi ? Mon style fleuri et baroque ? Ainsi ai-je lu pour la première fois la version française de La plaisanterie. (Jusqu’alors je n’avais pas l’habitude de lire et de contrôler mes traductions ; aujourd’hui, hélas, je consacre à cette activité sisyphesque presque plus de temps qu’à l’écriture elle-même.)
Je fus stupéfait. Surtout à partir du deuxième quart, le traducteur (ah non, ce n’était pas François Kérel, qui, lui, s’est occupé de mes livres suivants !) n’a pas traduit le roman ; il l’a réécrit :
Il y a introduit une centaine (oui !) de métaphores embellisantes (chez moi : le ciel était bleu ; chez lui :sous un ciel de pervenche octobre hissait son pavois fastueux ; chez moi : les arbres étaient colorés ; chez lui : aux arbres foisonnait une polyphonie de tons ; chez moi : elle commença à battre l’air furieusement autour d’elle ; chez lui : ses poings se déchaînèrent en moulin à vent frénétique (…).
Oui, aujourd’hui encore, j’en suis malheureux. Penser que pendant douze ans, dans nombreuses réimpressions, La plaisanterie, s’exhibait en France dans cet affublement !… Deux mois durant, avec Claude Courtot, j’ai retravaillé la traduction. La nouvelle version (entièrement révisée par Claude Courtot et l’auteur) a paru en 1980.
Quatre ans plus tard, j’ai relu cette version révisée. J’ai trouvé parfait tout ce que nous avions changé et corrigé. Mais, hélas, j’ai découvert combien d’affectations, de tournures tarabiscotées, d’inexactitudes, d’obscurités et d’outrances m’avaient échappé !
En effet, à l’époque, ma connaissance du français n’était pas assez subtile et Claude Courtot (qui ne connaît pas le tchèque) n’avait pu redresser le texte qu’aux endroits que je lui avais indiqués. Je viens donc de passer à nouveau quelques mois sur La plaisanterie.»
Durant ses premières années en France Milan Kundera soutenait qu’il avait dit tout ce qu’il avait à dire et qu’il n’écrirait plus de romans.
Il se passe six ans avant que Le livre du rire et de l’oubli (achevé en 1978 et publié en 1979) ne voie le jour. Ce qui différencie ce livre de ceux écrits précédemment c’est l’angle de vue. Dans ce livre, Kundera réexamine son passé communiste et le dénonce à travers des thèmes comme l’oubli (à l’Est les gens sont poussés à oublier par les autorités tandis qu’à l’Ouest ils oublient de leur propre initiative) ou l’idéal de créer une société communiste mais cette fois d’un point de vue externe, « de l’Ouest ».
C’est en 1978 qu’il s’installe à Paris. Il termine L’insoutenable légèreté de l’être en 1982 (publiée en 1984), lequel est son roman le plus connu. Avec ce livre Kundera devient un auteur reconnu mondialement, surtout après la sortie du film, réalisé par Philip Kaufman en 1988.
Dans L’Insoutenable Légèreté de l’être, l’auteur étudie le mythe nietzschéen de l’éternel retour. Il se concentre sur le fait que l’Homme ne vit qu’une fois, sa vie ne se répète pas et donc il ne peut corriger ses erreurs. Et puisque la vie est unique, l’homme préfère la vivre dans la légèreté, dans un manque absolu de responsabilités. Il introduit aussi sa définition du kitsch, c’est-à-dire ce qui nie les côtés laids de la vie et n’accepte pas la mort : « Le kitsch est la négation de la merde » (il s’agit en somme de toute idéologie : kitsch catholique, protestant, juif, communiste, fasciste, démocratique, féministe, européen, américain, national, international, etc.).
L’immortalité est publiée en 1990. Ce roman se présente comme une méditation sur le statut de l’écrit dans le monde moderne où domine l’image. Il dénonce la tendance contemporaine à rendre toute chose superficielle, facilement digérable. Kundera réagit face à cette attitude en construisant délibérément ses récits de manière qu’ils ne puissent être résumés facilement.
En 1993, Milan Kundera termine son premier roman écrit en français, La lenteur (publié en 1995). Il continue, ici, ce qu’il avait commencé avec L’immortalité, une critique de la civilisation de l’ouest de l’Europe. Kundera compare la notion de lenteur, associée à la sensualité dans le passé mais aussi un acte qui favorise la mémoire, à l’obsession de vitesse du monde contemporain.
L’identité (achevé en 1995, publié en 1998) est le deuxième roman que Kundera écrit directement en français. Tout comme La lenteur, L’identité est une œuvre de maturité. Ce roman est un roman d’amour. Il rend hommage à l’amour authentique, à sa valeur face au monde contemporain. Le seul qui puisse nous protéger d’un monde hostile et primitif.
L’ignorance (publié d’abord en espagnol en 2000,en français en 2003) : à partir du deuxième livre, on parlait déjà d’un « cycle français » dans l’œuvre de Kundera, d’un « second cycle ». Cette fois c’est confirmé. La même forme se trouve dans les trois romans : moins de pages, un nombre réduit de personnages, néanmoins on retrouve l’écriture dense et profonde du « cycle » précédent. Ce roman parle du retour impossible (dans son pays d’origine). On retrouve une continuité dans les thèmes utilisés auparavant et ceux employés dans ce livre. L’auteur examine inlassablement l’expérience humaine et ses paradoxes. Le malentendu amoureux en est le canon.
Milan Kundera a écrit aussi dans la revue littéraire L’Atelier du Roman, dirigé par Lakis Proguidis et publié actuellement par Flammarion et Boréal.
Kundera est quelqu’un de très privé. Il garde les détails de sa vie privée comme un secret « qui ne regarde que lui ». Depuis 1985 il n’accorde plus d’entretiens, mais accepte de répondre par écrit. Toute information à propos de sa vie privée est scrupuleusement contrôlée par lui. Sa biographie officielle dans les éditions françaises se résume à deux phrases :
« Milan Kundera est né en Tchécoslovaquie. En 1975 il s’installe en France »
Idées
L’histoire du roman européen (roman né en Europe avec Rabelais et Cervantès) est l’histoire de l’exploration de l’existence humaine. Au moment où la science s’autonomise pour analyser les choses de l’extérieur, sans les habiter (l’« oubli de l’être », selon la formule de Heidegger), arrive le roman pour explorer le « monde de la vie » (Lebenswelt) comme on cartographie une région. L’histoire du roman est une succession de tentatives de saisir le moi, l’identité humaine (par les actes, la psychologie, les possibilités…).
Ainsi, Rabelais et Cervantès étudient l’homme à partir de ses actions et de l’aventure ; Richardson initie le roman psychologique ; Balzac étudie l’homme dans l’histoire et la société ; Tolstoï montre l’irrationalité de l’âme humaine ; Flaubert se concentre sur la quotidienneté et l’ennui ; Proust sur l’insaisissable instant passé ; Joyce sur l’insaisissable instant présent ; Kafka, quant à lui, montre ce que sont devenues les possibilités de vie dans le monde contemporain.
Milan Kundera a également été beaucoup influencé par ce que lui même appelle le « grand roman d’Europe Centrale »: dans ses essais, il aime ainsi à commenter les œuvres de Hermann Broch (Les Somnambules) et de Robert Musil (L’Homme sans qualités)
A la fin de cette évolution se trouvent les paradoxes terminaux du XXe siècle, dus aux bouleversements multiples qui secouent celui-ci.
Le progrès à l’œuvre dans l’histoire du roman européen n’est donc pas une amélioration d’une analyse précédente mais plutôt la découverte de nouvelles possibilités existentielles.
Ainsi, la seule « morale » du roman serait la connaissance, le distinguant de la philosophie qui, abstraite (alors que le roman étudie toujours des situations concrètes), apporte un jugement. Le roman suspend ce jugement en montrant des faits susceptibles d’être interprétés et jugés diversement.
Bibliographie
Le titre est aussi indiqué en tchèque quand l’œuvre a été écrite dans cette langue.
Romans et nouvelles
1967 : La Plaisanterie (Žert)
1968 : Risibles amours (Směšné lásky) – Nouvelles
1973 : La vie est ailleurs (Život je jinde)
1976 : La Valse aux adieux (Valčík na rozloučenou)
1978 : Le Livre du rire et de l’oubli (Kniha smíchu a zapomnění)
1984 : L’Insoutenable Légèreté de l’être (Nesnesitelná lehkost bytí)
1990 : L’Immortalité (Nesmrtelnost)
Théâtre
1981 : Jacques et son maître, hommage à Denis Diderot, créée à Paris en 1984 (Jakub a jeho pán : Pocta Denisu Diderotovi)
Il a aussi écrit en 1962 la pièce Les Propriétaires des clés (Majitelé klíčů), œuvre qu’il a par la suite reniée.
Essais
1993 : D’en bas tu humeras des roses, illustrations d’Ernest Breleur
Voir aussi
Voir aussi sur Wikiquote les citations « Milan Kundera ».
1668-1744 VICO.Giambattista
mai 11, 2008 at 8:43 | In BIOGRAPHIE | Leave a CommentTags: Vico
Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Giambattista_Vico
Giambattista Vico
Giambattista Vico ou Giovanni Battista Vico (23 juin 1668 – 23 janvier 1744) est un philosophe italien, précurseur de la philosophie de l’histoire.
Né à Naples, fils d’un modeste libraire, il fait, selon ses dires (Vie de Giambattista Vico écrite par lui-même, 1728), des études assez décousues et se plaît à se définir comme un autodidacte. D’abord précepteur, puis professeur de rhétorique à l’université de Naples de 1699 à 1741, il est, de 1735 à sa mort, historiographe auprès de Charles III, roi de Naples.
L’ouvrage majeur de Vico est Principi di scienza nuova d’intorno alla comune natura delle nazioni (« La Science nouvelle », 1725).
Vico y expose une théorie cyclique (« corsi et ricorsi ») de l’histoire selon laquelle les sociétés humaines progressent à travers une série de phases allant de la barbarie à la civilisation pour retourner à la barbarie.
La première phase, l’« âge des dieux » est celle de l’émergence de la religion, de la famille et d’autres institutions de base ;
la deuxième phase, l’« âge des héros » : le peuple est maintenu sous le joug d’une classe dominante de nobles ;
la troisième phase, l’« âge des hommes » : le peuple s’insurge et conquiert l’égalité, processus qui marque cependant le début de la désintégration de la société.
L’influence de Vico, reconnu de son vivant plutôt comme philologue que pour son système philosophique, se mesure surtout au début du XIXe siècle, lorsque Jules Michelet publie ses Principes de la philosophie de l’histoire (1835), et qu’il traduit et présente Vico comme un philosophe de l’histoire. Il en donne une lecture romantique, qui inspirera à la fois Hegel et Karl Marx. Son influence sera aussi majeure sur les idéalistes italiens Benedetto Croce et Giovanni Gentile, mais également sur le marxiste Georges Sorel. Il est en outre considéré comme une référence pour l’épistémologie constructiviste, Ernst von Glasersfeld le qualifiant de premier vrai constructiviste (dans An Introduction to Radical Constructivism).
Citations
Verum ipsum factum (“Le vrai est le faire même”)
Verum et factum convertuntur (“Le vrai et le fait sont convertibles”)
Œuvres
L’antique sagesse de l’Italie, 1710, GF, ISBN 2080707426
La science nouvelle, 1725, Gallimard, ISBN 2070731340
Vie de Giambattista Vico écrite par lui-même, Allia, ISBN 2844851118
Bibliographie
Paolo Cristofolini, Vico et l’histoire, PUF 1995, ISBN 2130468802
« Scienza nuova » de Giambattista Vico, Noesis n°8, 2006
“La science nouvelle”, édition Nagel 1953, traduction Fausto Nicolini. texte intégral avec présentation de Alain Pons, sur le site de MCXAPC
Michel Paoli, Les Principes de la Philosophie de Giambattista Vico exposés more geometrico, « Chroniques italiennes », XXVII (1991), pp. 43-52.
Lien externe
1902-1992 POPPER.Karl
mai 11, 2008 at 8:35 | In BIOGRAPHIE | Leave a CommentTags: Popper
Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Karl_Popper
Karl Raimund Popper (28 juillet 1902 à Vienne, Autriche – 17 septembre 1994 à Londres (Croydon), Royaume-Uni) est l’un des plus influents philosophes des sciences du XXe siècle.
Il est né de parents juifs convertis au protestantisme. Il démarra sa vie active comme apprenti ébéniste.
Puis il étudia à l’Université de Vienne et devint enseignant au Lycée en mathématiques et physique. Il côtoya le Cercle de Vienne (néopositiviste), qui le fit connaître, mais sans jamais y entrer. Sa pensée fut influencée par ses lectures de Frege, Tarski et Carnap.
En 1936, il donna des conférences en Grande-Bretagne, où il rencontra ses compatriotes Hayek et Gombrich. En 1937, il accepta une proposition de conférencier (lecturer) à Christchurch en Nouvelle-Zélande, où il passa la guerre.
Début 1946, il revint s’installer à Londres. Sur une proposition de Hayek, il devint professeur à la London School of Economics ; il y fonda en 1946 le département de logique et de méthodologie des sciences (aujourd’hui (en) Department of Philosophy, Logic and Scientific Method). Il participa également à de nombreux séminaires et conférences dans d’autres universités, notamment américaines.
Il était membre de la British Academy.
Il prit sa retraite d’enseignant en 1969 et mourut le 17 septembre 1994, sans avoir eu le temps de rédiger la préface de son dernier recueil de conférences Toute vie est résolution de problèmes.
Sa pensée
Pour Popper, le problème fondamental en philosophie des sciences est celui de la démarcation : c’est la question de la distinction entre ce qui relève de la science et ce qui est « non-science ».
Pour comprendre ce problème, il faut d’abord s’interroger sur la place de l’induction dans la découverte scientifique : Toutes les sciences[1] sont basées sur l’observation du monde. Comme cette observation est par nature partielle, la seule approche possible consiste à tirer des lois générales de ces observations (remarquons que c’est l’approche générale et fondamentale de tout organisme vivant qui apprend de son milieu). Si cette démarche permet d’avancer, elle ne garantit en aucun cas la justesse des conclusions. Pour Popper, il faut donc prendre au sérieux l’analyse de Hume qui montre l’invalidité fréquente de l’induction.
Par exemple, une collection d’observations (« Je vois passer des cygnes blancs ») ne permet jamais d’induire logiquement une proposition générale (« Tous les cygnes sont blancs »), car la seule observation ne dit rien des observations à venir ; il reste possible qu’une seule observation contraire (« J’ai vu passer un cygne noir ») l’invalide.
Cette critique de l’induction conduit donc Popper à remettre en cause l’idée (chère aux positivistes) de vérification. Plutôt que de parler de « vérification » d’une hypothèse, Popper parlera de « corroboration », c’est-à-dire d’observation qui va dans le sens prévu par la théorie. Or, même par un grand nombre d’expériences, la corroboration ne permet pas de conclure à la « vérité » d’une hypothèse générale (supposée valide pour toutes les observations jusqu’à la fin des temps).
Une proposition scientifique n’est donc pas une proposition vérifiée – ni même vérifiable par l’expérience -, mais une proposition réfutable (ou falsifiable) dont on ne peut affirmer qu’elle ne sera jamais réfutée. La proposition « Dieu existe » est pour Popper dotée de sens, mais elle n’est pas scientifique, car elle n’est pas réfutable. La proposition « tous les cygnes sont blancs » est une conjecture scientifique. Si j’observe un cygne noir, cette proposition sera réfutée. C’est donc la démarche de conjectures et de réfutations qui permet de faire croître les connaissances scientifiques.
Dans cette démarche, la théorie doit donc précéder l’observation.[2]
Il rejette donc cette méthode de l’induction (il s’agit donc d’une critique méthodologique, indépendante de notre capacité à modéliser les raisonnements inductifs, l’induction étant un type de raisonnement courant d’un point de vue cognitif, voir à ce propos le théorème de Cox-Jaynes). Il va lui substituer le principe de la réfutabilité (anglais : falsifiability), dont on trouve une première esquisse chez un représentant central de l’empirisme logique, Moritz Schlick. C’est ce principe qui va être le critère de démarcation.
Il peut être ainsi formulé : si on entend par énoncé de base un rapport d’observation, nous pouvons dire qu’une théorie est scientifique si elle se divise en deux sous-classes d’énoncés de base :
la classe des énoncés qui la contredisent, appelés falsifieurs potentiels (si ces énoncés sont vrais la théorie est fausse);
la classe des énoncés avec lesquels elle s’accorde (si ces énoncés sont vrais, ils la corroborent).
Le critère de falsificabilité de Popper peut être apparenté dans son principe à un test de falsificabilité bayésien, hormis le fait qu’il travaille uniquement en logique discrète (vrai/faux) tandis que les bayésiens font varier les valeurs de vérité sur une plage continue de l’intervalle ]0,1[.
Le principe de réfutabilité de Popper a été critiqué notamment par Imre Lakatos (1922-1974) et Paul Feyerabend (1924-1994).
Vocabulaire : Conscient du sens courant du mot falsifiable (et ses dérivés) en français, Karl Popper, dans la préface d'un de ses livres (en français) demande d'utiliser à la place réfuter, réfutation et ses dérivés. (référence à suivre).
Les limites du champ d'application [modifier]
Attirons l’attention sur le fait que ce critère s’applique à des théories (comme la mécanique newtonienne) et non pas à des domaines (comme la physique). On considère généralement qu’un domaine est une science si le corpus des théories qui y sont généralement admises respecte les critères de Popper. En outre, ce caractère scientifique ou non, n’est en rien un indicateur de la vérité scientifique (puisqu’une théorie n’est considérée comme vraie que jusqu’à sa réfutation), ni de l’intérêt scientifique : L’histoire des sciences enseigne que beaucoup de théories scientifiques sont nées sur un terreau qui ne respectait pas les critères actuels pour une science.
Le caractère non scientifique d’une théorie est souvent considéré comme synonyme de « sans intérêt scientifique », ce qui sous-entendrait que la science ne se préoccupe que de ce qui est « scientifique », alors que la science tente de codifier, justement, ce qui ne l’est pas (par exemple, voir histoire des sciences). Ceci finit par desservir l’épistémologie et provoquer le rejet de cette théorie par les défenseurs des domaines attaqués.
Selon ce critère, l’astrologie (qu’elle soit comprise en tant que théorie ou en tant que domaine théorique), la métaphysique ou la psychanalyse (méthode thérapeutique) ne relèvent pas de la science, puisqu’on ne peut en tirer aucun énoncé prédictif testable et qu’en conséquence aucune expérience ne permet d’en établir (ou non) la réfutation – et donc une confirmation non plus (voir le cru et le cuit). En pratique cependant, il n’est pas toujours facile de réfuter une théorie qui échoue à expliquer un fait expérimental, en particulier si on ne dispose pas d’une meilleure théorie. Dans certains cas, deux théories contradictoires peuvent cohabiter, car l’une et l’autre sont soutenues par certains faits et contredites par d’autres, faute d’une meilleure théorie capable d’unifier ces théories contradictoires. La physique, qui est pourtant l’exemple type d’une science gouvernée par l’épistémologie selon Popper, nous donne un bon exemple, avec l’énigme de la précession du grand axe de l’orbite de Mercure que la mécanique newtonienne ne parvenait pas à expliquer, et qui a été résolue par la théorie de la relativité générale, elle même entrant ensuite en conflit avec certaines des expériences qui soutiennent la mécanique quantique. Rappelons-le : différents auteurs ont défendu qu’une démarche scientifique devait reposer sur l’induction, hors les mathématiques et la logique.
Le cas des sciences humaines
Les critères de scientificité de Popper posent problème dans les sciences humaines, où ils sont difficiles voire impossibles à appliquer. En effet :
l’expérimentation contrôlée y est la plupart du temps impossible, notamment dans les sciences sociales ;
la comparaison de situations observées n’est pas probante car il est impossible d’être sûr que toutes les conditions sont les mêmes ;
il est impossible de séparer les effets des différentes causes qui interviennent dans les situations observées.
Il en résulte que le critère de réfutabilité n’est opératoire que dans les sciences expérimentales ou d’observation. Cette position est celle du dualisme méthodologique, selon lequel les méthodes applicables aux sciences de la nature d’une part, aux sciences humaines d’autre part, sont différentes. Elle est l’un des fondements de l’École autrichienne d’économie.
Popper a cependant défendu la position inverse, celle de l’unicité du modèle scientifique. Dans une controverse fameuse avec Theodor Adorno, il défend même la sociologie comme science sociale pouvant se soumettre à la falsifiabilité. L’ensemble de ce débat est résumé dans un ouvrage qu’il a codirigé avec Adorno : De Vienne à Francfort. La querelle des Sciences Sociales, 1979 (voir à l’intérieur de cet ouvrage la conférence de Popper : « La logique des sciences sociales », et la réponse d’Adorno « Sur la logique des sciences sociales »).
À l’extrême et à des degrés divers, ce problème donne lieu à des controverses autour de domaines tels que la psychanalyse ou l’homéopathie et même l’astrologie. Si ces trois domaines n’offrent aujourd’hui ni preuves expérimentales fiables, ni critères de réfutabilité, il ne peut être totalement exclu que l’évolution technologique ou des développement scientifiques futurs changent cet état des choses. Malgré tout, ce statut de « non-scientifique » conduit une partie (plus ou moins importante selon le domaine incriminé) de la communauté scientifique à rejeter ces domaines comme charlatanisme, surtout si, comme c’est le cas pour l’astrologie, les données disponibles contredisent les thèses des tenants de l’astrologie (cf. le fameux effet mars qui n’a jamais été démontré de façon probante).
La critique de l’historicisme : une vision indéterministe du monde
Les deux ouvrages ouvertement politiques de Popper sont Misère de l’historicisme et La Société ouverte et ses ennemis, écrits tous les deux au titre d’effort de guerre pendant la Seconde Guerre mondiale. Ils ont pour point focal la critique de l’historicisme et des théories politiques qui en découlent.
Dans la préface à l’édition française (Plon, 1955) de Misère de l’historicisme, Karl Popper explique :
« Qu’il me suffise de dire que j’entends par [historicisme] une théorie, touchant toutes les sciences sociales, qui fait de la prédiction historique leur principal but, et qui enseigne que ce but peut être atteint si l’on découvre les « rythmes » ou les « motifs » (patterns), les « lois », ou les « tendances générales » qui sous-tendent les développements historiques. »
Le nœud de son argumentation est la preuve strictement logique qu’il est impossible de déterminer le futur. (Tout au long de sa carrière, Popper s’est attaché à prouver l’indéterminisme.) Partant, toutes les théories s’appuyant sur une prophétie ou sur un prétendu cours de l’histoire sont invalides. Il critique ainsi particulièrement le marxisme qui ramène toute l’histoire à l’inéluctable lutte des classes. L’ouvrage est dédié « À la mémoire des innombrables hommes, femmes et enfants de toutes les convictions, nations ou races, qui furent victimes de la foi communiste ou fasciste en des Lois Inexorables du Destin de l’Histoire. »
Ce qui devait initialement constituer des notes sur Misère de l’historicisme prend petit à petit de la consistance et devient La Société ouverte et ses ennemis. Dans cet ouvrage, Karl Popper montre comment l’historicisme a conduit aux totalitarismes. Plus particulièrement, il s’attache à critiquer audacieusement — grâce à une profonde connaissance des textes — trois philosophes reconnus : Platon, Hegel et Karl Marx. Il leur reproche l’erreur fondamentale de mettre en place des systèmes philosophiques historicistes, centrés sur une loi naturelle d’évolution du monde : la décadence des choses réelles chez Platon, le développement de l’Esprit chez Hegel et la lutte des classes chez Marx.
Au système historiciste, Popper oppose une philosophie essentiellement fondée sur l’indéterminisme. Cette conception suit celle de son épistémologie, selon laquelle la connaissance progresse par essai/erreur (trial and error) : pour résoudre un problème donné, on propose plusieurs hypothèses/solutions qu’il s’agit de tester et on élimine celles qui aboutissent à une erreur. Popper tire de cette conception une position politique : comme il est impossible de prédire le cours de l’histoire, il faut progresser petit à petit par essai/erreur, d’où une conception « fragmentaire » des sciences sociales (piecemeal social engineering) dans laquelle rien n’est joué d’avance. Au lieu de prévoir un plan d’ensemble pour réorganiser la société, il s’agit au contraire de procéder par petites touches, afin de pouvoir comprendre l’effet de telle ou telle mesure, et d’en corriger les inévitables conséquences inattendues.
Philosophie politique
L’œuvre de Popper ne se limite pas à l’épistémologie. Même s’il s’est toujours refusé à se présenter comme un philosophe politique[3], il n’en reste pas moins qu’il s’est beaucoup attardé sur la politique et notamment sur le fonctionnement de la démocratie.
Une vision politique libérale
Les idées politiques de Popper sont donc fondamentalement libérales, comme en témoigne sa participation à la fondation de la Société du Mont Pèlerin au côté de libéraux très engagés comme Ludwig von Mises, Milton Friedman et Friedrich Hayek. Popper propose en effet une vision du monde dans laquelle la liberté de l’homme est fondamentale et doit être protégée. En particulier, dans sa critique du marxisme et de l’historicisme hégélien, il combat une conception du monde dans laquelle l’homme est impuissant face à la marche de l’histoire. Popper soutient au contraire que les idées influencent le monde et l’histoire, et que l’homme, et en particulier les philosophes, ont une importante responsabilité.
Le libéralisme de Popper n’exclut pas l’intervention de l’État, y compris dans le domaine économique. Au contraire, il en fait une condition de l’exercice des libertés des individus, en raison du paradoxe de la liberté :
« La liberté, si elle est illimitée, conduit à son contraire ; car si elle n’est pas protégée et restreinte par la loi, la liberté conduit nécessairement à la tyrannie du plus fort sur le plus faible.[4] »
Aussi l’État a le devoir de limiter la liberté de telle sorte qu’aucun individu ne doit être amené à être aliéné à un autre :
« C’est pourquoi nous exigeons que l’État limite la liberté dans une certaine mesure, de telle sorte que la liberté de chacun soit protégée par la loi. Personne ne doit être à la merci d’autres, mais tous doivent avoir le droit d’être protégé par l’État. Je crois que ces considérations, visant initialement le domaine de la force brute et de l’intimidation physique, doivent aussi être appliquées au domaine économique. […] Nous devons construire des institutions sociales, imposées par l’État, pour protéger les économiquement faibles des économiquement forts.[5] »
Théorie de la démocratie
Popper ne distingue que deux types de régimes politiques : la démocratie et la tyrannie[6]. Comme à son habitude, Popper n’attribue pas plus d’importance qu’il n’en faut aux mots; on ne doit comprendre par ces deux termes que des repères terminologiques. Ainsi, ce n’est pas par l’étymologie que Popper va définir la démocratie, qui serait alors le “gouvernement du peuple”.
La question classique depuis Platon “qui doit gouverner” est rejetée par Popper comme étant essentialiste. À ce problème, il propose d’en substituer un plus réaliste : “existe-t-il des formes de gouvernement qu’il nous faille rejeter pour des raisons morales ? Et inversement : existe-t-il des formes de gouvernement qui nous permettent de nous débarrasser d’un gouvernement … ?” [7]
Sera ainsi qualifié de démocratique un régime dans lequel les dirigeants peuvent être destitués par les dirigés sans effusion de sang. Tout autre gouvernement dans lequel la destitution des dirigeants ne peut passer que par la violence pourra être qualifié de tyrannique.
Le problème auquel s’attachera Popper sera alors de penser l’organisation de la démocratie de telle sorte que celle-ci permette au mieux la destitution des dirigeants. C’est pourquoi Popper rejette sans appel la démocratie directe et le scrutin proportionnel. En effet, avec la démocratie directe, le peuple est responsable devant lui-même, ce qui est une contradiction : le peuple ne peut se destituer lui-même. Avec le scrutin proportionnel, la plupart des partis sont nécessairement représentés dans les assemblées dans une plus ou moins grande proportion quoiqu’il arrive lors des élections, et les partis majoritaires sont alors souvent forcés de devoir gouverner avec eux en créant des coalitions, ce qui signifie en clair que certains partis pourraient toujours participer au pouvoir et ne jamais être destitués[8].
C’est pourquoi la préférence de Popper va à la démocratie représentative avec scrutin majoritaire, et ce pour nulle autre raison que les faiblesses de la démocratie directe et du scrutin proportionnel. De plus, il semble marquer une nette préférence pour le bipartisme [9], où le parti opposant à la charge de critiquer les hypothèses formulées par le parti majoritaire, et inversement. Le système des primaires internes aux partis permet de rajouter une autocritique des hypothèses à l’intérieur même des partis.
Popper et la théorie de l’évolution
Selon Popper, la sélection des hypothèses scientifiques relèverait d’une sélection naturelle identique à celle régissant l’évolution des espèces (voir Charles Darwin). Théorie de la vie et théorie de la connaissance répondraient ainsi d’un même processus de progression par essai et élimination de l’erreur (une position assez proche de celle d’Erwin Schrödinger). C’est pourquoi l’on parle d’épistémologie évolutionniste.[10]
$JLB : le point essentiel, selon moi, est que la pensée humaine conçoit des théories « analogues » ou parallèles pour des sujets n’ayant a priori aucun rapport les uns avec les autres, est une preuve que notre entendement est limité à certaines « manipulations » de concepts (cf : linéarité, binarité, tiers exclus…). Autrement on a tendance à utiliser le même paradigme (méta-modèle) dans un champ A et un champ B (ici théorie de la connaissance et théorie de l’évolution… et j’ajoute l théorie de l’apprentissage). Que ces similitudes nous impressionnent ne dit rien des applications elles-mêmes, mais en revanche beaucoup de nos propres limites… ce qui est tout à fait différent..
En montrant les analogies existant entre l’évolution des espèces et le développement de la connaissance scientifique, Popper « naturalise » ce faisant les principes fondamentaux de son épistémologie:
1. Le rejet de l’induction : Selon Popper, « la théorie vient avant les faits » : les hypothèses précèdent et orientent l’observation. De même, lorsqu’ils varient les organismes vivants créent de nouvelles théories sur le monde, de nouvelles hypothèses, que Popper nomme des « attentes » et qui s’assimilent aux théories scientifiques : seules seront retenues celles qui correspondent à une réalité de l’environnement, celles que l’expérience, la confrontation au milieu ne réfute pas. Par exemple, en augmentant leur vitesse de déplacement et leur réactivité face au danger, les antilopes ont « théorisé » la nécessité de pouvoir fuir rapidement, notamment pour échapper à leurs prédateurs. Schématiquement, les antilopes actuelles descendent donc de celles qui, par le passé, ont su courir assez vite pour échapper aux lions. Elles ne l’ont bien sûr pas fait de manière consciente (voir Konrad Lorenz et l’imprégnation). C’est à travers les modifications héréditaires, les mutations génétiques, que le vivant « essaie » différentes adaptations à l’environnement, différentes « solutions » – qui génèrent à leur tour de nouveaux problèmes, dans une course au perfectionnement que Popper explique notamment à travers l’hypothèse d’un dualisme génétique.
2. L’élimination de l’erreur : Sélection naturelle darwinienne et sélection naturelle des hypothèses sont identiques dans la mesure où toutes deux mènent à l’élimination de l’erreur. La seule différence résidant entre Albert Einstein et une amibe est ainsi, selon Popper, que le premier est capable d’« extérioriser » son erreur à travers le langage, tandis que la seconde est condamné à disparaître avec elle. Une erreur de calcul ne coûtera pas la vie à Einstein. Une erreur d’adaptation pour l’amibe, si.
3. La résolution de problèmes : En procédant par élimination de l’erreur, la démarche scientifique, tout comme l’évolution, permet de résoudre des problèmes qui, la plupart du temps, n’apparaissent tout à fait clairement qu’une fois résolus. Dans le cas des espèces vivantes, par exemple de l’amibe, ces problèmes doivent être « objectifs » puisque cette dernière n’est pas consciente. La résolution de ces problèmes mènent à des niveaux de connaissance et d’évolution supérieurs – en ce qui concerne la biologie à l’émergence de « formes de vie plus hautes ».
Ainsi, en se basant sur une série d’analogies visant peut-être à fonder ontologiquement le falsificationisme, Popper estime que « la science » est une activité biologique, en ce qu’elle répond à un processus de sélection naturelle.
Ce schéma de sélection naturelle s’articule en trois temps. Soit :
P1 : Problème initial ;
TS : Essai de solution (tentative solution en anglais) ;
EE : Élimination de l’erreur ;
P2 : Nouveau problème.
P1->TS->EE->P2
Un problème initial amène la production d’hypothèses visant à le résoudre (de P1 à TS). Ces hypothèses sont testées par le moyen de l’expérimentation scientifique (de TS à EE). Enfin, la résolution du problème P1 entraîne l’émergence d’un nouveau problème P2. La logique de la science tout comme celle de la vie répondent, selon Popper, de ce schéma tétradique.
À propos du statut épistémologique de la théorie darwinienne :
Popper a soutenu que la théorie de l’évolution darwinienne par sélection naturelle n’était pas véritablement scientifique, car irréfutable et tautologique.
En effet, cette théorie énonce que si une espèce survit c’est parce qu’elle est adaptée et on sait qu’elle est adaptée car on constate sa survie. Il la qualifia ainsi de « programme de recherche métaphysique », ce qui suscita certaines polémiques, parfois très vives.
Les créationnistes tentèrent notamment d’utiliser les thèses poppériennes pour discréditer la théorie de l’évolution. Le philosophe finit par rectifier ces interprétations dans une lettre adressée au magazine scientifique The New Scientist.
Ultimement, il reconnut à la théorie de la sélection naturelle le statut de science véritable : il l’estimait entre autres capable d’expliquer les multiples processus de « causation vers le bas ». Une position que sa propre métaphysique évolutionniste ne pouvait que renforcer.
Métaphysique poppérienne
Au contraire des néo-positivistes du Cercle de Vienne, Popper n’oppose pas la science à la métaphysique. Il a lui-même élaboré une métaphysique mêlant réalisme, indéterminisme et évolutionnisme.
Au cœur de cette métaphysique poppérienne, on trouve « la théorie des Mondes 1, 2 et 3 » :
Le « Monde 1 » est celui des phénomènes physico-chimiques. « Par « Monde 1 », j’entends ce qui, d’habitude, est appelé le monde de la physique, des pierres, des arbres et des champs physiques des forces. J’entends également y inclure les mondes de la chimie et de la biologie »[11].
Le « Monde 2 » est celui de la conscience, de l’activité psychique essentiellement subjective. « Par « Monde 2 » j’entends le monde psychologique, qui d’habitude, est étudié par les psychologues d’animaux aussi bien que par ceux qui s’occupent des hommes, c’est-à-dire le monde des sentiments, de la crainte et de l’espoir, des dispositions à agir et de toutes sortes d’expériences subjectives, y compris les expériences subconscientes et inconscientes. »[11]
Le « Monde 3 » est celui de la connaissance objective (des « contenus de pensée » ou « idées »). « Par « Monde 3 », j’entends le monde des productions de l’esprit humain. Quoique j’y inclue les œuvres d’art ainsi que les valeurs éthiques et les institutions sociales (et donc, autant dire les sociétés), je me limiterai en grande partie au monde des bibliothèques scientifiques, des livres, des problèmes scientifiques et des théories, y compris les fausses. »[11]
Ces différents « mondes » exercent les uns sur les autres un contrôle plastique, rétroactif. Mais si les deux premiers sont communs aux animaux et aux hommes, le troisième est exclusivement humain car directement lié à l’émergence d’un langage argumentatif. Par ailleurs, le « Monde 3 » possède une autonomie partielle (« La réalité et l’autonomie partielle du Monde 3 »). Popper : « Cela vient principalement du fait qu’une pensée, dès qu’elle est formulée en langage, devient un objet extérieur à nous-mêmes ; un tel objet peut alors être critiqué inter-subjectivement : par les autres aussi bien que par nous-mêmes. »[12]
Les quatre fonctions du langage
Aux trois fonctions du langage distinguées par son ancien professeur viennois Karl Bühler, Popper en ajoute une quatrième : la fonction argumentative. Ces 4 fonctions sont les suivantes :
1. la fonction expressive ou symptomatique, où l’animal exprime une émotion, par exemple un cri de douleur ;
2. la fonction de signal, par laquelle l’animal fait passer un message, par exemple par un cri d’alerte ;
3. la fonction de description, par laquelle l’être doué de langage articulé peut décrire à autrui quelque chose, par exemple le temps qu’il fait ;
4. la fonction de discussion argumentée, qui permet à l’homme de discuter rationnellement en exerçant ses facultés critiques, en « argumentant », par exemple lorsqu’on débat d’un problème philosophique.
Au développement de ces fonctions du langage est corrélée l’émergence des différents « Mondes » poppériens. En particulier, le « Monde 3 » apparaît avec la quatrième fonction du langage, et se développe à partir de la troisième.
Tout comme pour les « Mondes 1, 2 et 3 », Popper estime que les quatre fonctions du langage exercent les unes sur les autres un « contrôle plastique ».
Le dualisme néo-cartésien de Karl Popper
Par analogie, Popper affirme pouvoir résoudre le principal problème de la philosophie de l’esprit, celui de la relation corps/âme. L’âme exercerait un « contrôle plastique » sur le corps : par exemple, lorsque je me tiens debout, les muscles de mes jambes sont agités d’infimes et indétectables mouvements musculaires visant à assurer la stabilité. L’âme corrige l’équilibre du corps en éliminant les mouvements non appropriés : elle exerce sur lui un « contrôle souple ou plastique ».
Ainsi, Popper s’est posé en défenseur du dualisme et plus précisément de l’interactionnisme. Il estimait en outre que l’hypothèse de René Descartes selon laquelle le lieu de cette interaction se situerait dans l’épiphyse (ou glande pinéale) n’est pas si inepte et improbable que les générations postérieures l’ont voulu laisser croire.
Œuvre
Les deux problèmes fondamentaux de la théorie de la connaissance (titre original : Die beiden Grundprobleme der Erkenntnistheorie, 1930-1933). Note de l’éditeur, Hermann : « Loin d’être une simple esquisse – bien au contraire, puisque la célèbre « logique de la découverte scientifique » n’en était à l’origine qu’un résumé – , cette première formulation du falsificationnisme poppérien anticipe certaines idées qui ne réapparaîtront que bien plus tard. »
o Logique de la découverte scientifique (titre original : Logik der Forschung, Logique de la recherche ; The Logic of Scientific Discovery, 1934)
o Misère de l’historicisme (The Poverty of Historicism, 1944-1945)
o La Société ouverte et ses ennemis (The Open Society and Its Enemies, 1945)
o Conjectures et réfutations (Conjectures and Refutations: The Growth of Scientific Knowledge, 1953)
o La connaissance objective (Objective Knowledge: An Evolutionary Approach, 1972)
o La quête inachevée (Unended Quest; An Intellectual Autobiography, 1976)
o La Télévision, un danger pour la démocratie (1995)
o La Leçon de ce siècle, (1993)
o A Note on Verisimilitude
o The Self and Its Brain: An Argument for Interactionism, (1977) [coécrit avec le neurophysiologiste John Carew Eccles].
o The Open Universe: An Argument for Indeterminism, (1982)
o Realism and the Aim of Science, (1982)
o The Myth of the Framework: In Defence of Science and Rationality, (1994)
o Knowledge and the Mind-Body Problem: In Defence of Interactionism, (1994)
o Toute vie est résolution de problèmes, 2 tomes, (1997).
o Un univers de propensions : deux études sur la causalité, (1992).
Citations
Voir aussi sur Wikiquote les citations « Karl Popper ».
« Une théorie qui n’est réfutable par aucun événement qui se puisse concevoir est dépourvue de caractère scientifique. » (Conjectures et réfutations, ch.1, section 1)
« Le succès de Hegel marqua le début de « l’âge de la malhonnêteté » (ainsi que Schopenhauer décrivait la période de l’idéalisme allemand) et de « l’âge de l’irresponsabilité » (ainsi que K. Heiden qualifiait l’âge du totalitarisme moderne) ; d’une irresponsabilité d’abord intellectuelle puis, ce fut l’une de ses conséquences, d’une irresponsabilité morale ; d’un nouvel âge régi par la magie des mots éclatants et par le pouvoir du jargon. » (La société ouverte et ses ennemis, ch.12)
« Libéralisme et intervention de l’État ne sont pas contradictoires ; aucune liberté n’est possible si l’État ne la garantit pas. » in La Société ouverte et ses ennemis (1962)
« Cette vague et intangible entité qu’on appelle opinion publique révèle parfois une lucidité sans sophistication ou, plus habituellement, une sensibilité morale supérieure à celle du gouvernement en place. Néanmoins, elle représente un danger pour la liberté si elle n’est pas limitée par une forte tradition libérale. En tant qu’arbitre du goût, elle est dangereuse ; en tant qu’arbitre de la vérité, elle est inacceptable. » (Conjectures et réfutations, ch.17, section
« Les intellectuels ne savent rien » dira-t-il à 83 ans dans sa conférence de Zurich la recherche de la paix (Toute vie est résolution de problème). Plus qu’une provocation c’est un symbole de la relativité du savoir, et de la stérilité des conflit de doctrines.
« Si l’on se demande pourquoi Popper, après avoir été si longtemps et aussi systématiquement ignoré par la philosophie et l’épistémologie françaises contemporaines, bénéficie depuis quelques années d’un véritable succès de mode, il est à craindre que la réponse doive être cherchée non pas dans une conversion soudaine et inespérée à ce qu’il appelle le « réalisme critique », mais plutôt par le fait que, après plusieurs décennies de dogmatisme philosophique et politique effréné, il donne aux milieux intellectuels français l’occasion de s’offrir à bon compte une cure de scepticisme indifférencié et radical, qui ne risque pas de mettre en danger les convictions foncièrement irrationalistes qui continuent à y régner » (Jacques Bouveresse, article Popper, Encyclopædia Universalis).
Notes
1. ↑ à l’exception des mathématiques et de la logique qui sont des constructions déductives sur des bases axiomatiques qu’elles choisissent arbitrairement.
2. ↑ Note : évidemment, comme celui qui énonce une théorie fait partie du monde, il est loisible de soupçonner que la théorie a en fait été inspirée par des observations. Mais ce serait faire un raisonnement métaphysique, puisqu’il suppose une régression à l’infini de type psychologiste. En réalité, dans l’histoire des sciences, une nouvelle théorie n’apparaît jamais ex nihilo par le hasard des observations d’un passant… mais toujours par opposition à une théorie déjà établie.
3. ↑ Jean Baudoin, La philosophie politique de Karl Popper, PUF
4. ↑ in La société ouverte, ch.12, section 2
5. ↑ in La société ouverte, ch.17, section 3
6. ↑ Popper, La société ouverte et ses ennemis
7. ↑ Popper, Etat paternaliste ou Etat minimal
8. ↑ Popper, La leçon de ce siècle
9. ↑ Baudoin, La philosophie politique de Karl Popper
10. ↑ Karl Popper, “Vers une théorie évolutionniste de la connaissance”, dans Un univers de propensions, Editions de l’Eclat, coll. « Tiré à part », 1990
11. ↑ a b c Karl R. Popper in : L’univers irrésolu, plaidoyer pour l’indéterminisme, édition Hermann, 1984, page 94
12. ↑ Ibid, page 97
13. ↑ Toute vie est résolutions de problèmes : Questions autour de la connaissance de la nature, Actes Sud, 1997, p. 82-83.
Voir aussi
Bibliographie
Otto Neurath, Pseudo-rationalisme de la falsification, 1935, in L’Âge d’or de l’empirisme logique, Gallimard, 2006
Alain Boyer, Introduction à la lecture de Karl Popper, Presses de l’ENS, 1994 (ISBN 2728802009)
Jean Baudoin, La philosophie politique de Karl Popper, PUF, 1994 (ISBN 2130459242)
Bibliographie de Manfred Lube, “Karl R. Popper. Bibliographie 1925 – 2004. Wissenschaftstheorie, Sozialphilosophie, Logik, Wahrscheinlichkeitstheorie, Naturwissenschaften. Frankfurt/Main etc.: Peter Lang, 2005. 576 S. (Schriftenreihe der Karl Popper Foundation Klagenfurt. 3.)
Liens internes
Liens externes
(fr) Les Sciences sociales dans la philosophie de Karl Popper : la cohérence du système poppérien, mémoire de Patrick Blanchenay pour l’obtention du Master Recherche en Pensée Politique, IEP de Paris [pdf]
(fr) Catégorie Karl Popper de l’annuaire dmoz. et (en) Catégorie Karl Popper de l’annuaire dmoz.
(fr) La philosophie de Karl Popper, par Claude Rochet
(fr) Epistémologie de Karl Popper, par Frédéric Fabre
(fr) L’épistémologie de Sir Karl Popper, est-elle irrésistible ?, par Angèle Kremer-Marietti
(fr) Comment Popper comprit Einstein… et comment Einstein pensait réellement, par Angèle Kremer-Marietti
(de) Photographies de Karl Popper
(de) Popper-Archiv der Universitätsbibliothek Klagenfurt, Autriche Archives sur Karl Popper
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